Parfumerie

ESXENCE 2019, MILAN

Accompagnés par un couple de clients sud africain passionné par les parfums, nous avons parcouru durant deux jours les allées du salon ESXENCE 2019 qui s’est tenu à Milan du 25 au 28 avril en nous attachant à porter un coup d’oeil et coup de nez aussi neutres et bienveillants que possible sur les produits mis en avant par les marques exposées. Cette ville élégante et bourgeoise, capitale économique d’un pays qui fait la part belle à la parfumerie dite de niche, sied parfaitement à ce salon, qui au fil des ans voit le nombre d’exposants s’enrichir de nouvelles et prolifiques marques de parfums. La plupart des acteurs et observateurs de la parfumerie déplorent un nombre sans cesse croissant de lancements, aux motifs que cela banalise l’offre, manque très souvent de créativité, ne respecte pas toujours les codes du luxe, ou encore que cela serait responsable de la perte d’attractivité du parfum chez les consommateurs en créant la confusion. L’arrivée des marques de niche a contribué à amplifier ce phénomène. Mais ainsi va le monde et l’industrie du parfum ne se différencie pas d’autres marchés tels que ceux du cinéma, de la littérature, ou de la musique. Les vannes qui ont ouvert cette diffusion massive sont probablement impossibles à inverser. Mais faut-il vraiment, le regretter ?
Notre avis sur la question a changé, car si nous avons longtemps déploré, nous aussi, le nombre grandissant de lancements, passé en deux décennies de quelques centaines à plusieurs d’un millier par an, nous pensons aujourd’hui qu’il est sain et réjouissant que chacun de nous, porteur d’une énergie et d’une idée qu’il a envie d’adresser au monde, puisse le faire avec une facilité accrue grâce à la baisse des coûts de développement et le potentiel qu’offrent, pour de petites structures, les nouvelles technologies de communication et de conception. Bien entendu il y a des produits moins inspirés que d’autres, des initiatives qui ne sont portées par aucune idée force, des lancements qui ne sont que des redites, et alors ? Il y a dans notre industrie un pourcentage considérable d’entrepreneurs passionnés par leur métier et par l’amour du parfum, et même s’ils n’étaient qu’une poignée, il serait infiniment regrettable qu’ils ne puissent exprimer leur passion.

Nous avons eu la chance d’en croiser quelques-uns dans les travées du salon de Milan, et nous souhaitons rendre hommage dans cet article à leur courage et leur engagement, qui rendent notre industrie si attachante et si particulière.

Nous avons croisé avec beaucoup de bonheur, Lucien Ferrero, infatigable artisan de la parfumerie depuis près de 50 ans, qui pendant 3 jours, a, sans relâche, et avec la fougue et l’humilité qui le caractérisent, expliqué à chacun de ses nombreux interlocuteurs, la démarche qu’il a appliqué dans la création des 3 parfums qui étaient présentés à son nom : « Par amour pour lui », « Par amour pour elle », et « Seringa Blanc ». Des parfums généreux et expressifs à l’image de leur créateur, dont l’influence sur la parfumerie moderne, qu’elle soit fine, plus figurative ou 100% naturelle, est, et restera immense.

Nous avons eu également croisé Alexandra ROOS, que je n’avais jamais rencontré auparavant, et qui a largement contribué à mon regain d’optimisme. A chacun de nos passages au cours de ces deux jours, nous l’avons vu souriante, revenant avec le même regard pétillant, et le même enthousiasme sur ses belles fragrances formulées par Fabrice Pellegrin. Il n’en fallait pas tant pour que nous soyons séduit par cette marque ROOS&ROOS, qu’elle explique avec franchise et simplicité, car les notes sont superbes et joyeuses, la présentation est luxueuse mais sans ostentation, et les prix contenus. Si le succès à un tant soit peu de logique, cette marque le rencontrera à n’en pas douter.

Nous avons croisé Denis Vogade et sa marque Miller et Berteaux, que nous avions déjà remarqué dans de précédentes éditions du salon. Là encore, on perçoit une démarche de qualité, une volonté sincère de proposer aux consommateurs un produit qui ne le trompe pas. Les parfums sont signés et beaux, notamment son dernier lancement menta y menta, écrit en lettres mineures, mais avec des accords majeurs, où la menthe est parfaitement maîtrisée, au milieu des agrumes, des notes de thé, de café et de jasmin. Elle est signée par Vincent Ricord, parfumeur (passé par Expressions parfumées puis chez Drom) dont le talent ne cesse de s’affirmer.

Nous pourrions encore citer Hervé Gambs, et sa très belle marque éponyme. Des jus superbes et racés, un Oud de grande facture, des roses et des bois à profusion, au milieu d’accords riches et texturés, des senteurs fraîches qui vous transportent sur les bords de la Méditerranée, bref, un coup de cœur olfactif déjà ressenti par le passé, confirmé et amplifié cette année.

Il y avait une foultitude d’autres marques remarquables, parmi lesquelles nous en avons encore retenu deux, qui maintiennent le très beau cap engagé depuis leurs débuts; État libre d’Orange qui présentait son nouvel et très réussi opus, Experimentum Crucis, un accord qui très réussi autour de notes épicées cumin. Olfactive Studio, marque établie, à la signature olfactive reconnue, dont les nouveaux parfums, ont réussi avec brio, l’exercice complexe de revisiter trois des plus belles fleurs de la parfumerie. Il s’agit de « Violet Shot », « Rose Shot » et « Iris Shot, présentés dans un élégant habit de cuir et toutes signées par le très talentueux Dominique Ropion.

Nous sommes sans doute passé à côté de nombreuses autres pépites, mais nous reviendrons au salon l’année prochaine pour nous faire surprendre et gagner à nouveau par l’enthousiasme de tous ces créateurs, qui jour après jour se battent pour continuer à faire exister leur marque.

PS : L’édition 2020 annulée, nous espérons que nous pourrons à nouveau faire de belles découvertes lors de la prochaine édition du salon ESXENCE en février 2021.

Site du salon ESXENCE

 

Publié le 11 juillet 2019